Lettre aux conseillers communautaires de l’ile d’Oléron

AGPIO  

Saint-Pierre d’Oléron, le 5 décembre 2014,

                                                                                                                                                        Madame, Monsieur ……………..                                                                                      Conseillèr(e) communautaire de la CDC d’Oléron

59 route des Allées

17310 Saint Pierre d’Oléron

Madame , Monsieur

Le 17 décembre prochain vous allez, en votre âme et conscience, prendre la responsabilité d’instituer ou non un péage sur le pont d’Oléron.

Nous souhaitons que vous mettiez à profit les quelques jours qui nous séparent de cette décision pour bien analyser les conséquences de ce qui constituerait un bouleversement pour l’Ile et ses environs. Nous allons donc tenter de vous éclairer sur les enjeux de votre choix.

POURQUOI ÊTRE CONTRE ?

Parce que toute restriction à la liberté de circuler est contraire au droit. (La déclaration universelle des droits de l’Homme dans sont article 13 précise : Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un État.)

Parce que toute inégalité devant l’impôt est contraire aux principes de la République. Et il s’agit bien de cela, car comme le prévoit l’article Ll321-11 du code de l’environnement sur lequel est basé le péage, les insulaires et éventuellement certains autres habitants en seraient exemptés. Comment nous, Oléronais, pourrons nous justifier à notre famille et nos amis qu’ils doivent s’acquitter d’une taxe pour nous rendre visite ? Nous demande-t-on à nous, insulaires une telle contribution lorsque nous nous rendons sur le continent pour raison de santé, d’éducation, de travail ou simplement de tourisme ? Évidemment et heureusement non.

Parce que s’il s’agit de protéger les espaces naturels, la CdC de l’Ile d’Oléron qui présente un budget en excédent et une considérable capacité d’autofinancement a largement les moyens de financer ladite protection. On n’a donc pas besoin pour cela des ressources d’un péage. On argue la baisse des dotations de l’État pour justifier la mise en place du péage mais cette baisse concerne toutes les collectivités locales du pays. Pensez-vous alors que la solution à ce problème soit le rétablissement d’un octroi à l’entrée de chaque commune de France ?

Parce que toute discrimination par l’argent est détestable. Sous couvert de protection de l’environnement, au niveau des promoteurs de ce péage aussi bien à Ré qu’à Oléron, il y a une volonté de limiter la fréquentation aux  » bons touristes  » (ceux qui dépensent beaucoup). Les pauvres, dehors !

Parce que le pont d’Oléron est gratuit depuis 22 ans et que tout un mode de vie s’est instauré avec cette gratuité, de nombreux jeunes oléronais, ne pouvant pas construire sur l’Ile, du fait des prix du foncier, sont installés sur le continent et pour des raisons professionnelles ou familiales font de nombreux allers et retours dans l’Ile.

De nombreux habitants (en particulier des personnes âgées) des communes de Bourcefranc et de Marennes viennent sur l’Ile bénéficier de l’offre sanitaire (ophtalmo, cardiologue …) ou commerciale (marché du Château par exemple).

De nombreuses associations oléronaises ont des adhérents qui viennent du continent.

Parce que sur le plan économique, les conséquences sont imprévisibles (le SCOT prévoit qu’avec une taxe à 3,05 € la fréquentation diminuerait de 15 à 20 %) qu’en serait-il avec un montant de 12 € ?

Parce que la décision d’instituer ce péage aura des conséquences non seulement sur l’économie touristique de l’Ile mais aussi sur celle du Pays Marennes-Oléron et même de la région toute entière. En effet certains choisissent la région pour les plages et les estrans d’Oléron, s’ils doivent payer à chaque passage, ils iront probablement ailleurs.

Parce qu’en écoutant certains de ses partisans qu’entend-on ?
« – Comme ça il y aura moins de monde sur l’Ile. »
« – Comme ça il y aura moins de voyous et de manouches. »
« – Comme ça les commerçants ou les artisans du continent ne viendront plus me faire concurrence. »
C’est dire si ce débat réveille les sentiments les plus abjects, d’égoïsme, de xénophobie et de rejet de l’autre.

Nous ne nions pas que pendant environ 4 à 6 semaines pendant l’été l’afflux des touristes provoque de la gêne pour certains. Mais traitons les problèmes pour ce qu’ils sont, la mise en place du péage ne résoudra ni les problèmes de sécurité, ni les problèmes de circulation sur l’Ile.

Pour faire passer l’idée, certains élus insistent sur le fait que le péage sera bien moins cher que celui de l’île de Ré. Mais quelle garantie avez-vous que demain, vos successeurs, aiguillonnés par les tenants du tourisme de « haut de gamme » et ils sont nombreux sur l’Ile, ou par les partisans de pas de touristes du tout et ils sont au moins aussi nombreux, ne soient pas tentés de relever ce montant au niveau de celui de l’île de Ré ?

D’autre part, comment le Conseil Général va-t-il justifier qu’il applique un tarif inférieur alors qu’Oléron est deux fois plus grande que Ré, que son pont est plus long et plus vétuste, que les besoins de transports en commun sont plus importants et que la fréquentation est équivalente ? Pensez-vous que, si une association de Ré attaque ces tarifs en arguant de la différence avec Oléron, le CG alignera les tarifs de Ré sur ceux d’Oléron et pas le contraire ? Et dans ce cas, ce serait la mort de l’Ile d’Oléron telle que nous la connaissons aujourd’hui.

Avez-vous remarqué que dans l’article L321-11 il n’existe pas de durée limitée ni de marche arrière, c’est-à-dire que lorsque le projet de péage aura été entériné, il faudra une modification fort improbable de la loi pour y mettre fin. Vous engagez donc aujourd’hui l’avenir de l’île pour des générations.

Alors ne nous mettez pas le doigt dans l’engrenage.

Vous, élu de la République, ne transigez pas avec ses principes. La Liberté de circuler doit être garantie à tous. L’Egalité de tous doit être préservée devant l’impôt et dans l’accès à tous les territoires. La Fraternité doit animer ceux qui ont la chance d’habiter ce lieu unique pour accueillir ceux qui ne peuvent en bénéficier que quelques jours dans l’année.

Nous comptons sur vous pour vous opposer à ce funeste projet.

Veuillez agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos sentiments respectueux.

Pour l’Association pour la Gratuité du Pont de l’Ile d’Oléron
Le Président
Michel Rivault